Nouvelles icônes, effigies de sel et d'or, FRAC RÉUNION, Longère Sudel Fuma Saint-Paul, La Réunion

Commissariat : Diana Madeleine

Avec les œuvres de Raphaël Barontini, Valérie Belin, Oleg Dou, Samuel Fosso, Thierry Fontaine, Meschac Gaba, Brandon Gercara, Lubaina Himid, Pieter Hugo, Lebohang Kganye, Barthi Kher, Jean-Marc Lacaze, Lionel Lauret, Pascal Lièvre, Alice Mann, Zanele Muholi, Thenjiwe Niki Nkosi, Tejal Shah, Leïla Payet, Lionel Sabatté, Mary Sibande, Abel Techer, Prudence Tétu & Wilhiam Zitte

02/10/21 au 26/06/22

 
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C’est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances, et c’est notre regard aussi qui peut les libérer. »

Amin Maalouf, Les identités meurtrières, 1998)

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Nouvelles icônes, effigies de sel et d’or est une exposition qui célèbre les individus, hommes et femmes qu’on a écarté du monde, celles et ceux qui ne correspondent pas à la norme, celles et ceux qui brillent par leur absence. L’exposition rassemble une sélection d’acquisitions récentes et anciennes de la collection du FRAC RÉUNION autour des problématiques identitaires que sont les constructions raciales, sociales ou sexuelles. Les artistes des quatre coins du globe se saisissent de la question de la représentation en tant que « soft power », soit l’influence à travers la culture. Ils réhabilitent le corps physique, social et psychique d’individus appartenant aux dites « minorités », une catégorie qui ne désigne pas les individus minoritaires dans le monde, mais bien celles et ceux qui n’ont pas le pouvoir et subissent souvent des oppressions. Ces artistes nous démontrent à travers leurs productions que l’identité est un objet de pensée et que notre conception de l’identité définit notre rapport à l’autre. Il y a ainsi une double nécessité identitaire, individuelle et collective mais fondamentalement l’identité nous échappe, elle s’évanouit dès lors qu’on veut la circonscrire.

Qui sont ces individualités à la fois dans et hors du monde ? Comment font-ils·elles de leur corps des étendards ? Que nous racontent ces visages, ces nouvelles icônes ?

Aux côtés de nombreux textes qui se font l’écho silencieux de cette prise de conscience (Senghor, Césaire, Haraway, Dorlin, Vergès), de nouvelles images et de nouvelles voix résonnent dans les pratiques artistiques contemporaines, elles placent le corps et le regard au centre des politiques de la représentation. Nouvelles icônes, effigies de sel et d’or est une manière de rendre hommage à la diversité du monde en sacrant ces êtres que l’histoire a voulu subtiliser de la terre. Il repose sur la double nature sémantique du terme, qui appartient aussi bien au domaine religieux qu’à la sphère populaire tout comme les idoles. Ces « effigies de sel et d’or » portent les stigmates de la vie et des systèmes de domination qui ont réduit l’humain à des catégories assignées (le noir, la femme, l’homosexuel, etc.) en opposition au modèle d’identification majoritaire (l’homme blanc adulte hétérosexuel) oubliant que nous sommes tous des êtres de frontière.


Diana Madeleine

Commissaire

Août 2021

 
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Lip sync de la pensée, triptyque de discours : Asma Lamrabet, Françoise Vergès, Elsa Dorlin, 2020

 

Pratiqué par les drags queens et drags kings, le « lip sync » est un exercice de mime théâtralisé qui repose sur la synchronisation labiale, soit une technique destinée à synchroniser les lèvres à des paroles. Depuis 2016, Brandon Gercara, artiste militant.e du milieu queer développe un corpus d’œuvresqui part de son expérience de vie en tant que  homosexuel.le, non binaire et zoréole habitant à La Réunion pour aborder les problématiques de société qui touche à la relation à l’autre et aux enjeux de domination qui la sous-tende. C’est en découvrant le texte de chercheures de la pensée postféministe dans le cadre de ses recherches qu’iel a conçu cette série de performance à travers laquelle iel rend hommage à des figures intellectuelles engagés en « incorporant » leur paroles. Ce « Playback de la pensée » qui nécessite des heures de répétition n’est pas seulement une lecture d’œuvres phares du féminisme mais aussi un outil d’appropriation des discours. En incarnant le locuteur, il s’agit donc de mettre en bouche ses mots, ses silences, son intonation mais aussi faire corps en mimant ses gestes, ses mimiques, ce qui le caractérise en adoptant aussi sa coiffure, son maquillage. Iel revisite ici l’acte transformiste au cœur de la logique queer en élargissant cette notion, le queer qualifiant pour iel un espace capable d’acceuillir la pluralité des corps en marge, ces autres corps souvent perçus comme monstrueux ou étranges.

Diana Madeleine, août 2021 

 
 
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